lundi 23 avril 2018

Ainsi soit-elle


On a longtemps pris la parole de l'homme pour la vérité universelle et la plus haute expression de l'intelligence, comme l'organe viril constituait la plus noble expression de la sexualité.

Il faut que les femmes crient aujourd'hui. Et que les autres femmes - et les hommes - aient envie d'entendre ce cri. Qui n'est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, car alors il devrait se retourner contre elles-mêmes. Mais un cri de vie. Il faut enfin guérir d'être femme. Non pas d'être née femme mais d'avoir été élevée femme dans un univers d'hommes, d'avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes et les critères des hommes. Et ce n'est pas en continuant à écouter ce qu'ils disent, eux, en notre nom ou pour notre bien, que nous pourrons guérir.

B.G.


Mon avis

Il existe quantité de livres sur le combat pour l’égalité homme-femme. Est-ce que j’en ai lu beaucoup ? Non. Mais quand on commence, il faut bien commencer avec l’un d’entre eux. Mon commencement a eu lieu il y a bientôt 10 ans, quand j’ai écrit mon travail de diplôme autour du rôle du personnage féminin dans la littérature adolescente. Forcément, il me fallait une base de féminisme. Et j’avais lu le Que sais-je sur le sujet, chez PUF. Petit, mais costaud. Le deuxième sexe de De Beauvoir y est passé aussi, mais à 17 ans et même à 27, je le trouve très complexe et parfois indigeste. Du coup, je conseille une lecture en plusieurs étapes, en plusieurs fois.

Je sais qu’à la fin de cet article, vous serez plusieurs à me faire des recommandations de lectures. Je lirai tous vos commentaires, mais certainement pas tous vos conseils. Premièrement, car il me sera sûrement difficile de tout lire. Et deuxièmement, parce que je ne suis pas intéressée par tout. Le sujet est vaste, et ma liste d’envie déjà assez longue (vous la retrouvez en fin d’article). Arrêtons là cette introduction bien trop longue.

C’est en flânant un peu rapidement (quel joyeux oxymore que voilà) à la bibliothèque que je suis tombée sur l’ouvrage de Benoîte Groult. J’emprunte, et je le commence le soir même. En une soirée et quelques pages, elle me fait déjà pleurer 3 fois. De colère. De déception. Pas envers son texte, bien sûr que non, mais ce qu’il dénonce. Ce qu’il démontre, encore une fois, noir sur blanc, avec preuves à l’appui. Et c’en est désolant.
Avec un vocabulaire du quotidien, Benoîte Groult nous retrace bon nombre d’inégalités homme-femme. À travers ces exemples, elle ne fait pas seulement que parler de cette différence de traitement absurde d’un sexe à l’autre, elle réveille aussi toutes les inégalités. Couleur de peau, sexe et croyances étant les principales.
Ce texte n’est pas là pour cracher sa haine. Il prouve que le monde des Hommes a été mal construit. Beaucoup trop d’erreurs ont été excusées ou oubliées, laissées sans conséquence, à part pour celles et ceux qui en souffrent.

Au XXIe siècle, dans la plupart des pays d’Occident, nous ne sommes pas loin de cette égalité. Il reste du travail à faire, bien sûr, mais quand on voit tout ce qui a été accompli en 100 ans par rapportaux 20 siècles précédents (+ AJC), on peut continuer à se battre en y croyant vraiment. C’est ce que le texte de Groult m’a rappelé. Oui, j’ai souffert, et je souffre encore certains jours d’inégalités. Salaire plus bas que le libraire aux même taux horaire, et mêmes papiers que moi. Clients misogynes, qui ne veulent parler qu’à mes collègues masculins ou au gérant. Réflexions faites sur mon intelligence, ma profession, mon physique, mes choix, uniquement parce que je suis une femme. Comment le prouver me direz-vous ? Navrée, mais ça se ressent. Quelqu’un qui fait ce genre de remarques, sans prendre en compte le sexe de la personne à qui elle les fait, aura vraiment une autre attitude d’approche. 
Je n’accepte pas qu’on discrimine publiquement et dans « les règles » quelqu’un à cause de son sexe ou sa couleur de peau, qui ne sont pas des choix. C’est ainsi. Ainsi soit-elle, ainsi sommes-nous tous. Uniques, et humains.

Qu’on ne vienne pas me faire des théories sur nos différences. Je sais. Oui, les hommes ont un pénis, et les femmes un vagin, donc on n’est pas pareils ! D’ailleurs, à ce propos, on ne mutile pas le sexe, du sexe opposé. Sous aucun prétexte. Religieux ou autre, sans que le ou la principal.e concerné.e ne soit d’accord. Faut vouloir, mais soit. Les différences biologiques sont multiples, mais je vous rassure, les femmes font autant partie des êtres humains, que les hommes. Du coup, on s’aide, plutôt que se faire du mal ?

Ce livre est à transmettre. Fille ou fils. Mère ou père. Femme ou homme. On mérite mieux. À nous d’y contribuer.

Pour terminer petite liste, non définitive, des livres parlant du féminisme, de la femme, des menstruations, de l’égalité que j’ai envie de lire, ou que j’ai déjà lu, pour l’instant (23.03.18) :

  • Lune rouge de Miranda Gray
  • Puissance du féminin de Camille Sfez
  • Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir
  • Libérées de Titou Lecoq
  • Le nouveau féminin de Meghan Don
  • La révolte d’Eve de Marcelle Tinayre
  • Chère Ijeawele de Chimamanda Ngozi Adichie



Autrice : Benoîte Groult
Éditeur : Le livre de poche
Collection : -
Parution : 13 septembre 2006
Pages : 219


5 commentaires:

  1. Cela fait un moment que j'hésite à lire ce livre, tu m'as convaincue de le rajouter à ma liste :)

    RépondreSupprimer
  2. J'ai trouvé cet essai intense... et bien malheureusement, je trouve qu'il n'a pas pris une ride (première parution en 1975). Bravo pour l'avis rédigé, je n'ai jamais réussi à le chroniquer. Je le conseille vivement autour de moi ceci dit et je prête mon exemplaire souvent.

    RépondreSupprimer
  3. Tu sais, quand quelqu'un te dit encore que "on n'est pas pareils, alors l'égalité ca va hein", tu peux lui demander s'il trouve ça normal de faire des différence de droits (santé, économie, discriminations en tous genres) sur base de corps différents. Parce qu'alors on touche vraiment à quelque chose de dangereux. Si on continue dans cette voie, on peut alors considérer que si on n'a pas les mêmes couleurs de peau par exemple on n'a pas droit aux mêmes choses! En général, ça cloue le bec ;) Sinon, de manière générale, les livres de Benoite Groult sont top! J'ai beaucoup aimé aussi les Vaisseaux du coeur d'elle (plutôt roman qu'essai) et surtout le roman graphique qui lui est consacré par Catel (Ainsi soit Benoite Groult). Merci pour ta chronique!

    RépondreSupprimer
  4. Bravo pour cette chronique très intéressante et particulièrement bien rédigée, avec des exemples personnels très parlants, auxquels chacune pourra sans doute s'identifier. Et merci pour cette jolie découverte autour d'une problématique sur laquelle j'aimerais m'informer davantage, sans jamais avoir su vraiment par quel ouvrage commencer. Celui-ci me parle bien, il me semble donc être un bon point de départ ! :)

    Laura

    RépondreSupprimer
  5. Oh parfait, je vais l'ajouter à la liste d'achat de la bibliothèque où je travaille, j'ai des usagers qui vont être content !

    RépondreSupprimer

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...